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Les contaminants et leurs effets sur les baleines du Saint-Laurent

16 octobre 2014 - "Ensemble nous avons le pouvoir de protéger l'océan": inspiré par le thème de la Journée mondiale de l'océan 2014, le Mériscope lance un programme de recherche sur les contaminants et leurs effets sur les petits rorquals et les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent, en étroite collaboration avec d’autres groupes de recherche, des universités, des autorités fédérales, et le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

Ce programme de quatre ans met l’accent sur un groupe de retardateurs de flammes émergents censés être moins toxiques et biodégradables. Les retardateurs de flamme, des hydrocarbures synthétiques, sont utilisés dans des produits de consommation (produits électroniques, meubles, vêtements, autos) et dans des matériaux de construction. Avec les égouts industriels, ces contaminants sont transportés vers l’environnement marin et les chaînes alimentaires, au sommet desquelles se trouvent les mammifères marins. La concentration de plusieurs douzaines de ces substances toxiques et leurs effets sur la transcription des gènes dans les cellules des bélugas et des petits rorquals seront examinés dans le cadre de plusieurs projets scientifiques.

Ce programme de recherche interdisciplinaire est uniquement possible grâce à l’étroite collaboration de nos partenaires compétents, en particulier Dre Magali Houde (Environnement Canada), Dr Jonathan Verreault (UQAM), Dre Véronique Lesage (Pêches et Océans Canada, MPO), Robert Michaud (GREMM), Dr Pierre Béland (Institut national d'écotoxicologie du Saint-Laurent, INESL), Dr David Janz (Univ. de la Saskatchewan) et Dr Peter Ross (Aquarium de Vancouver).

Les analyses des échantillons de tissu seront effectuées dans le cadre d’un doctorat (Antoine Simond) et de deux projets de maîtrise à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’Université de la Saskatchewan. Dans une première phase, des échantillons archivés des labos du MPO et de l’INESL ainsi que des échantillons de la peau, du gras et du foie provenant d’animaux échoués seront analysés. Dans une deuxième phase, des biopsies de petits rorquals et de bélugas seront intégrées dans l’étude afin de documenter l’augmentation des contaminants et leurs effets sur la synthèse de protéines dans les cellules.

La première génération de retardateurs de flammes, des biphényles polychlorés (BPC), a été bannie au Canada en 1997 parce que les BPC sont des produits chimiques toxiques et persistants qui s’accumulent dans les chaînes alimentaires. Ils ont été remplacés par une deuxième génération de retardateurs de flammes, des polybromodiphényléthers (PBDE), qui ont ensuite été bannis en 2006 pour les mêmes raisons que leurs prédécesseurs. Depuis, une troisième génération de retardateurs de flammes est utilisée dans les produits de consommation, des retardateurs de flammes halogénés (RFH), sans qu'il n'y ait eu d'études approfondies sur les effets biologiques de ces produits chimiques. Les producteurs promettent que les RFH sont moins toxiques, biodégradables et non accumulables, mais les premières études de Dr. Jonathan Verreault tendent à montrer que c'est le contraire.

La concentration de ces retardateurs de flammes dans l’environnement, les animaux et les humains atteint maintenant des proportions inquiétantes et elle augmente de façon exponentielle avec le temps. Ainsi, dans le gras des bélugas du Saint-Laurent, les concentrations retrouvées doublent en moins de 3 ans, chez certains poissons d’eau douce, cet intervalle serait moins de 20 mois et chez les humains, il faut environ 5 ans. Très clairement, il y a suffisamment de bonnes raisons pour effectuer des recherches sur la bioaccumulation de ces contaminants et leurs effets sur la transcription des gènes et la synthèse de protéines. Les résultats de ce programme de recherche fourniront des faits scientifiques pertinents sur les retardateurs de flammes aux autorités responsables d’émettre des règlements efficaces et de protéger nos eaux douces et le milieu marin de la contamination toxique.

Photos: Dany Zbinden




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